Quelles formes peut prendre l’aide?


a. Traitement

Bien que les obstacles qui nuisent au traitement des troubles concomitants soient considérables, les bénéficiaires qui persévèrent dans leur recherche pour trouver le bon type de traitement administré par la bonne catégorie de fournisseurs de services ont réalisé que l’aide et la compréhension peuvent provenir de plusieurs endroits, y compris des fournisseurs de services officiels.

Les bénéficiaires ont souligné l’importance de se sentir acceptés sans être jugés par les fournisseurs de services. Les services doivent être offerts dans un climat d’acceptation de tous les symptômes et de toutes les expériences liés à la fois à la schizophrénie et à la consommation problématique d’alcool ou de drogues. Lorsque le traitement est offert d’une manière qui respecte et valorise les personnes et leur capacité à faire des choix, cela est très bénéfique pour fournir  à celles-ci les assises dont elles ont besoin pour guérir.1

Les services offerts aux personnes atteintes de troubles concomitants de schizophrénie et de consommation d’alcool ou de drogues sont plus efficaces s’ils font appel à diverses formes d’intervention qui ciblent les différents problèmes biologiques et psychosociaux associés aux troubles concomitants.

« Des traitements empathiques, encourageants et intégrés sont l’un des plus importants facteurs de guérison, peu importe le contexte.»2

Quel type de traitement est le plus efficace?

Les personnes atteintes d’une maladie psychotique combinée à l’alcoolisme ou à la toxicomanie disent que l’approche la plus efficace pour traiter des troubles concomitants est de passer par un seul fournisseur de services digne de confiance qui comprend et prend en charge simultanément les problèmes de santé mentale et de consommation. Les recherches appuient cette théorie.

Étant donné que les personnes qui souffrent de schizophrénie et qui consomment des substances psychoactives ont plusieurs problèmes interreliés et des besoins complexes en matière de traitement, une approche qui regroupe les services de santé mentale et les services de toxicomanie en un seul programme est la plus efficace.

Le traitement intégré permet de s’assurer que le traitement simultané des problèmes de santé mentale et de consommation s’effectue sans accrocs, en profondeur et de manière coordonnée. Il aide à s’assurer que le client reçoit de l’aide pour ses problèmes de santé mentale et de consommation ainsi que pour d’autres aspects de sa vie, comme le logement et le travail. Des mesures de soutien offertes de manière continue dans ces domaines aident les personnes à.3

  • maintenir les acquis issus du traitement, comme l’amélioration des symptômes de la maladie mentale et la réduction de la consommation;
  • prévenir les rechutes;
  • s’assurer que leurs besoins de base sont comblés;
  • continuer à se conformer au traitement;
  • progresser vers la guérison.


« La réussite du traitement découle de l’établissement d’un lien empathique, encourageant et continu, offrant un traitement intégré et la coordination des soins pendant toutes les étapes des différents traitements.»4


En quoi consiste le traitement intégré?

Voici les caractéristiques des programmes de traitement intégré :

  • Le dépistage intensif permet d’assurer la participation de personnes qui sont souvent réticentes à demander de l’aide, du soutien et un traitement.
  • Les approches thérapeutiques motivationnelles axées sur les entrevues sont conçues pour aider les personnes à se rapprocher des objectifs qu’elles se sont fixés.
  • Dans le cadre des approches thérapeutiques comportementales, les thérapeutes aident les bénéficiaires à cerner leurs pensées et leurs comportements inutiles et à acquérir des habiletés et des habitudes plus saines.
  • Les interventions auprès des familles et le soutien aux famillesLes thérapeutes travaillent souvent auprès d’une famille à la fois. Parfois, la thérapie est offerte à un groupe composé de plusieurs familles qui vivent des situations semblables. Les membres du groupe peuvent faire part de leurs sentiments et de leurs expériences aux autres familles qui les comprennent et les soutiennent.
  • Une approche axée sur la volonté de changement Le traitement doit correspondre à l’étape où les personnes se situent relativement à leur consommation. Sont-elles prêtes à reconnaître qu’elles ont un problème? Sont-elles prêtes à envisager de prendre des moyens pour modifier leurs habitudes de consommation? Sont-elles motivées à agir?
  • Une attention est portée aux différents aspects qui vont au-delà de l’élimination des symptômes de la schizophrénie et de la consommation de drogues ou d’alcool. Ces aspects incluent des mesures de soutien liées au travail, au logement et aux relations sociales.
  • Une vision à long terme fondée sur la possibilité de guérison. Elle est axée sur l’amélioration de la qualité de vie des personnes et comprend des objectifs à long terme réalistes.
  • Dans la plupart des cas, une approche pour contrer la consommation qui est axée sur la tolérance et la réduction des méfaits plutôt que sur la confrontation et une abstinence stricte.

Réduction des méfaits
Lorsque des personnes sont aux prises avec des troubles concomitants, l’abstinence (l’arrêt complet de la consommation des substances psychoactives) constitue souvent le meilleur objectif à long terme. La consommation continue d’alcool ou de drogues peut aggraver les problèmes émotifs ou de santé mentale et nuire au bien-être physique et psychologique d’une personne.

Cependant, plusieurs personnes peuvent, du moins au début, manquer de confiance en elles et ne pas posséder les habiletés permettant de réduire ou de cesser leur consommation. Ainsi, lorsque les cliniciens travaillent avec une personne aux prises avec des problèmes importants de consommation et des problèmes de santé mentale, l’objectif à court terme consiste souvent à réduire les effets les plus néfastes de la consommation tout en forgeant un lien de travail solide avec le client. Cette relation de confiance peut aider le client à comprendre les effets négatifs de sa consommation et à développer la motivation nécessaire pour changer. Cette approche, qui vise à ne pas exiger de la personne qu’elle s’engage à l’abstinence pour être admise, s’appelle la «éduction des méfaits». Centre de toxicomanie et de santé mentale, Concurrent Disorders: A Resource for Families, 2006


Les bénéficiaires et les familles devraient s’attendre à recevoir des services accueillants, accessibles, intégrés, continus et complets.



b. L’autogestion

Qu’est-ce que l’autogestion?

La signification de l’autogestion varie d’une personne à l’autre. Pour certains, l’autogestion réfère à «ce qu’on fait pour profiter de sa vie au maximum en composant avec ses difficultés et en faisant de son mieux avec ce qu’on a.». Pour d’autres, cela signifie«éviter ou minimiser les crises liées à la maladie mentale en reconnaissant les signes avant-coureurs et en agissant en conséquence». Pour plusieurs, l’autogestion est un élément clé dans leur processus de guérison. Dans cette section, nous explorerons ce qu’une approche d’autogestion offre aux personnes qui ont des troubles concomitants de schizophrénie et de consommation d’alcool ou de drogues.

Lorsqu’il est question de maladies chroniques comme la schizophrénie et la consommation d’alcool ou de drogues, la capacité d’autogestion d’une personne est un facteur important permettant de se rapprocher de la guérison. Les professionnels donnent des informations sur les maladies et la personne touchée développe des stratégies qui lui permettent d’améliorer sa santé mentale et physique et d’éviter une rechute.


« Nous pratiquons tous l’autogestion. Il s’agit de tout ce que nous faisons pour profiter de notre vie au maximum en composant avec nos difficultés et en faisant de notre mieux avec ce que nous avons.

En appliquant ce principe au cas particulier des personnes qui ont reçu un diagnostic de schizophrénie, l’autogestion réfère aux manières de gérer, de minimiser ou de composer avec les limites imposées par la maladie sur leur vie et à ce qu’elles font pour réussir, pour se sentir heureuses et satisfaites et pour profiter de leur vie au maximum en dépit de la maladie.»5

Lorsqu’il est question de services, l’autogestion réfère au fait de participer activement aux démarches nécessaires pour traiter votre maladie6. Au lieu de suivre passivement les recommandations et de vous conformer au plan de traitement conçu par un professionnel de la santé, vous devenez un participant actif dans vos propres soins. Grâce à l’autogestion, les personnes qui souffrent d’une maladie mentale sont encouragées à participer à l’établissement de leurs propres objectifs et à déterminer les types d’intervention susceptibles de leur être utiles.

Cette approche appuie une multitude d’objectifs. Cela est important puisque chaque personne a ses propres objectifs.

« Nous sommes tous différents. Ce qui fonctionne pour l’un peut s’avérer inutile pour l’autre. Par conséquent, nous devons découvrir nos propres manières d’améliorer notre état. Parfois, plusieurs années peuvent être nécessaires pour y arriver. Le simple fait de débuter est important : il faut arrêter de «la balle» et décider d’occuper une place prépondérante dans notre propre traitement. Il faut être capable de se tracer un nouveau chemin qui renouvellera notre espoir.»
Extrait d’une allocution du professeur Alec Jenner issue du rapport sur le forum National Voices de la conférence de 1998 Conference on Self management of Schizophrenia
http://www.voicesforum.org.uk/conf98.htm

Dans le cadre de l’approche d’autogestion, on enseigne aux personnes les bénéfices associés aux différents traitements. On les renseigne également sur les coûts afférents et sur les efforts et les habiletés requis pour obtenir ces bénéfices.

Pour que l’autogestion soit possible, les gens doivent disposer de suffisamment de renseignements sur leur maladie afin de pouvoir participer activement à la gestion de celle-ci.

L’autogestion pour les personnes ayant des troubles concomitants

Les stratégies d’autogestion sont bien développées pour certains problèmes de santé mentale et de consommation. Plusieurs études ont démontré que les stratégies d’autogestion peuvent être très utiles dans les cas de dépression, d’anxiété et d’alcoolisme. Bien que les stratégies d’autogestion appliquées à la schizophrénie soient moins développées, on reconnaît de plus en plus que les personnes atteintes d’une maladie mentale grave ont un rôle important à jouer dans la gestion de leur maladie. Par exemple, si les gens sont en mesure de reconnaître les éléments déclencheurs et les signes avant-coureurs d’une rechute, des mesures peuvent être prises afin d’en minimiser la gravité et les effets.

« Voici des exemples d’autogestion : surveiller ses progrès en tenant un journal, faire une promenade si on est en colère ou agité, parler à un proche si on est déprimé, passer du temps seul dans le calme si on a eu une journée mouvementée, faire des séances régulières de relaxation si on est anxieux, espacer dans le temps les événements générateurs de stress, se renseigner davantage sur sa maladie et sur la psychiatrie. La liste est infinie.» Extrait d’une allocution du professeur Alec Jenner issue du rapport sur le forum National Voices de la conférence de 1998 Conference on Self management of Schizophrenia
http://www.voicesforum.org.uk/conf98.htm

Cette approche est-elle réaliste pour les personnes atteintes de schizophrénie qui ont des problèmes de consommation?

L’introspection est un aspect important de l’autogestion pour les personnes atteintes d’une maladie mentale qui ont des problèmes de consommation. Le niveau d’introspection et la capacité à prendre des décisions éclairées relatives au traitement d’une personne aux prises avec des troubles concomitants fluctuent avec le temps.

En général, la plupart des personnes atteintes d’une maladie mentale sont en mesure de comprendre les renseignements qui leurs sont donnés lorsqu’ils sont clairement expliqués, de se servir de ces renseignements pour prendre des décisions rationnelles et d’acquérir les habiletés nécessaires pour gérer leur maladie.

Une personne en état de crise occasionnée par la consommation de drogues ou en crise psychotique aiguë peut ne pas être en mesure à ce moment précis de comprendre les renseignements pertinents et d’évaluer les coûts et les bénéfices des différentes options de traitement.

L’autogestion et les fournisseurs de services

Le but premier de tous les contacts entre les fournisseurs de services et les personnes atteintes de schizophrénie qui ont des problèmes de consommation devrait être de bâtir et de renforcer la capacité de ces dernières à gérer leur propre vie. Voilà ce que sont les soins autogérés.

Une personne qui traverse une crise liée à la maladie mentale ou à des problèmes de consommation peut avoir besoin d’une aide professionnelle. Cette aide peut provenir d’une approche d’autogestion. Les professionnels de la santé peuvent travailler pour soutenir les personnes afin de les rendre plus autonomes et de favoriser leur guérison en améliorant leur capacité à faire des choix plus sains.7
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Lorsque les personnes atteintes de schizophrénie qui consomment de l’alcool ou de la drogue demandent de l’aide, elles doivent être perçues comme les expertes sur la manière de gérer leur vie. Même s’il arrive que leurs facultés soient temporairement amoindries ou qu’elles accusent un certain retard, ces personnes sont à même de connaître leurs expériences et elles sont celles qui ont besoin d’apprendre comment mieux gérer leur vie.

Lorsque les personnes sont très malades, il se peut qu’elles aient besoin qu’on prenne certaines décisions pour elles. Voici pourquoi :

  • elles peuvent ne pas être en mesure de juger de leur condition;
    elles peuvent être mal informées;
    elles peuvent avoir une attitude négative et penser que la guérison est impossible;
  • elles peuvent avoir perdu contact avec la réalité.
Lorsque les personnes sont davantage stabilisées et mieux renseignées, on devrait les inciter à jouer un plus grand rôle dans leur santé mentale.

Voici quelques éléments d’un plan d’autogestion :
  • L’auto-évaluation et le suivi :
    • identifier ses propres forces, faiblesses, déclencheurs, talents et besoins (p. ex., tenir un journal);
    Les stratégies d’adaptation et les techniques de réduction du stress :
    • p. ex., manuels, cassettes et vidéos d’autoassistance produits par des personnes en voie de guérison qui portent sur des sujets comme la manière de composer avec les voix, les choses qui ont aidé certaines d’entre elles à guérir, l’exercice, le régime alimentaire, la méditation, la réduction du stress et la visualisation;
    L’établissement des objectifs :
    • à long et à court terme, réalistes et gérables, s’organiser et planifier de petites étapes menant à de plus grands objectifs;
  • La gestion des rechutes et le plan en situation de crise.
La gestion des rechutes

La gestion des rechutes ou, idéalement, la prévention de celles-ci, est une composante importante de l’autogestion. On s’attend à ce que les personnes aux prises avec des troubles concomitants connaissent des rechutes pendant le processus de guérison. Habituellement, on remarque l’apparition de signes avant-coureurs bien avant la rechute comme des symptômes de consommation problématique ou des symptômes psychotiques. Il est possible d’identifier ces signes avant-coureurs et de prendre les mesures nécessaires afin de prévenir une rechute.

Les personnes atteintes de schizophrénie ont souvent exprimé l’idée qu’elles peuvent, avec le temps, apprendre à reconnaître le moment où leur condition se détériore et à composer avec cette situation afin d’éviter un épisode psychotique. Les personnes deviennent attentives aux «signes avant-coureurs» et plusieurs arrivent à se pencher sur des idées complexes, difficiles et délirantes et à les raisonner.

« La première étape a consisté à reconnaître le moment où je rechutais et à reconnaître que je devais me rendre à l’hôpital avant de perdre la maîtrise de mon comportement et de ma pensée. La seconde étape a été de détecter les problèmes encore plus tôt et de prendre des médicaments supplémentaires, de laisser tomber des engagements et de consulter un médecin.»8

« Les infirmières m’ont aidé à reconnaître ce qui occasionne mes rechutes et à trouver des manières de les prévenir.»9

Un plan de prévention des rechutes peut inclure :
  • l’identification des facteurs de risque, comme les conflits, la pression sociale, les états émotifs négatifs et le stress;
    des stratégies d’adaptation relatives aux «éclencheurs»;
    des stratégies visant à maintenir la participation dans le traitement et, plus particulièrement, la prise régulière de médicaments;
  • des activités positives et des choix de vie qui améliorent la sensation d’équilibre, la santé physique et la gestion du stress.
Pour des fiches de travail à remplir sur la prévention des rechutes, consultez la section Outils de ce site.

Plan en situation de crise

Les directives préalables et les agents de soins de santé

Les personnes atteintes de schizophrénie peuvent décider des types de services et de médicaments qu’elles souhaitent obtenir en cas de crise. Il est utile de désigner un agent de soins de santé afin d’aider la personne à prendre des décisions en situation de crise.

Pour des fiches de travail à remplir sur le plan en situation de crise, consultez la section Outils
de ce site.



c. Les groupes d’entraide et de soutien par les pairs

Un groupe de soutien par les pairs est un groupe de personnes qui connaissent toutes des problèmes semblables. Les membres du groupe peuvent parler de leur combat dans un milieu sécuritaire et aidant. Les personnes ayant récemment reçu un diagnostic de troubles concomitants peuvent bénéficier des expériences et des stratégies d’adaptation des autres, et plusieurs finissent par venir en aide à leur tour aux nouveaux membres. Les membres de ces groupes forgent habituellement des liens solides.10

En plus d’offrir des outils essentiels visant à aider les personnes en processus de guérison, l’entraide est une approche utile au développement de relations positives au sein de la collectivité et au maintien des liens établis avec d’autres personnes qui ont vécu directement l’expérience de la guérison.

’entraide qui ont été spécialement mis sur pied à l’intention des personnes qui souffrent de troubles concomitants, dont Double Trouble, ont aidé plusieurs personnes à guérir. Les gens y trouvent acceptation, compréhension et soutien de la part d’autres personnes ayant vécu des expériences et des problèmes semblables.



Note en bas de page

1 New York State Office of Mental Health, Integrated treatment for co-occuring mental health and substance use disorders, http://www.omh.state.ny.us/...
2 Minkoff, Kenneth, Changing the World, http://www.kenminkoff.com/article2.html.
3 Centre de toxicomanie et de santé mentale, Les troubles concomitants de toxicomanie et de santé mentale, 2004. http://www.camh.net/About_Addiction_Mental_Health/...
4 Kenneth Minkoff, Changing the world: Welcoming, accessible, recovery-oriented, culturally-fluent, comprehensive, continuous, integrated systems of care for individuals and families with psychiatric and substance-use disorders, 2003. http://www.isc.idaho.gov/...
5 http://www.rethink.org/living_with_mental_illness/...
6 Dan Bisker, Self Management in the Mental Health Field, In Visions: BC's Mental Health Journal, No. 18, été 2003, http://www.heretohelp.bc.ca/publications/visions/18.pdf
7 Dive, Lisa, Self Management and Addictions, http://www.heretohelp.bc.ca/publications/visions/18.pdf.
8 Martyn, D., The experiences and views of self-management of people with a schizophrenia diagnosis, Rethink, www.rethink.org/document.rm?id=107, 2002.
9 Martyn, D., The experiences and views of self-management of people with a schizophrenia diagnosis, Rethink, www.rethink.org/document.rm?id=107, 2002.
10 Concurrent Disorders: A resource for families, Centre de toxicomanie et de santé mentale, version pilote, 2006.